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Lettre à un demandeur d’asile

 Article rédigé par Laurent Cacciatore

Je travaille pour La Maisonnée, mais surtout, je travaille avec toi depuis déjà plus d’un an. Je fais partie des premières personnes que tu rencontres dans ton centre d’hébergement, à ton arrivée au Canada, lorsque je m’y déplace pour y donner une conférence afin de t’expliquer tes premières démarches administratives, de t’y donner tes premières notions de vie québécoise, de t’indiquer la voie à suivre…

Je te reçois à mon bureau plus tard, afin de déposer pour toi ta première demande de permis de permis de travail. Je te revois récemment pour remplir les formalités de son renouvellement.

Tu es marocain, tchadien, angolais, haïtien, camerounais, mexicain… Souvent nous devons jouer de mon mauvais anglais avec ton mauvais français, joignant les gestes à la parole, mais nous nous comprenons toujours et nos rencontres se terminent invariablement en sourires, comme un langage universel.

Je te vois dans bien des états : attentif, lorsque tu écoutes mes explications, ambitieux, des projets plein la tête, reconnaissant de l’accueil bienveillant des autorités canadiennes, encore troublé, aussi, parfois, par le souvenir des atrocités que tu as dû fuir, souvent désemparé face à l’ampleur de ce qu’il reste à accomplir, voire un peu paresseux quand tu négliges tes impératifs administratifs ou quand tu es en retard à nos rendez-vous.

Je t’écoute avec respect me dépeindre ton parcours, tes expériences, tes rêves. J’ai trop souvent besoin de faire une pause, après nos entretiens, tant il est vrai que ton vécu dépasse l’entendement de l’occidental que je suis. Mais même si, contrairement à toi, je ne connais ni la guerre, ni la famine, ni aucun cataclysme, ton histoire me ramène à la mienne.

Comme toi j’ai quitté mon pays à la recherche d’un possible, n’emportant guère plus que des souvenirs de famille, de l’argent liquide et tenant mon enfant dans mes bras. Je suis arrivé au Canada plein d’enthousiasme, et somme toute un peu naïf, convaincu qu’à peine la frontière passée je trouverai cette possibilité de vivre une vie rêvée. Comme toi, il me faut apprendre qu’avant d’être une possibilité, immigrer est une occasion : l’occasion de me créer, de me bâtir, moi-même, cette possibilité de vivre ma vie rêvée. Cette leçon d’humilité est la première pierre de l’ouvrage, pour ceux capable d’en dépasser l’amertume. Repartir de zéro, c’est l’occasion de faire ses propres choix.

C’est sur la base de cette humilité que nous partageons, que je te rencontre, que je réponds à tes questions, que je te présente les services de La Maisonnée, les services du gouvernement canadien et toutes autres ressources des organismes communautaires. Je t’explique ce qu’est un état démocratique. Je te rassure. Je dois parfois être dur avec toi lorsque tu veux aller trop vite. Il m’arrive même de m’en vouloir, de penser que je te tiens un discours politiquement incorrect. J’insiste beaucoup sur la notion de responsabilité individuelle : oui, c’est vrai, en quittant ton pays, tu as fait le plus dangereux, mais il te faut encore être patient, encore être courageux, pour reconstruire ta vie, pas à pas. Tu entame aujourd’hui la partie la plus difficile de ton cheminement : la reconstruction. Mais la promesse que je peux te faire, c’est que tu n’es plus seul. Le système gouvernemental, bien qu’imparfait, existe et t’encadre de son mieux. Et nous, intervenants sociaux, sommes engagés, à t’informer et t’accompagner tout au long de ce processus. Aide-nous à t’aider.

 

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